http://www.russieinfo.com/d%E2%80%99un-point-de-vue-strategique-la-russie-se-mefie-d%E2%80%99israel-2015-03-20

 

"D’un point de vue stratégique, la Russie se méfie d’Israël"

20/03/2015 | Clément Detry.

Poster un commentaire

Alors que le Likoud de Benyamin Netanyahou a fait campagne en Israël pour la "préservation d’une relation proche avec la Russie", l’analyste Mikhaïl Osherov explique où en est la relation entre les deux pays.

Photo: RIA Novosti

Mikhaïl

Osherov

Mikhaïl Osherov est un Russe israélien actif dans la vie politique d’Israël depuis 2010. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le conflit israélo-pal..." />

   

 

http://www.russieinfo.com/d%E2%80%99un-point-de-vue-strategique-la-russie-se-mefie-d%E2%80%99israel-2015-03-20

 

"D’un point de vue stratégique, la Russie se méfie d’Israël"

20/03/2015 | Clément Detry.

Poster un commentaire

Alors que le Likoud de Benyamin Netanyahou a fait campagne en Israël pour la "préservation d’une relation proche avec la Russie", l’analyste Mikhaïl Osherov explique où en est la relation entre les deux pays.

Description: poutine-russie-russe-israel-netanyahu-arme-geopolitique-diplomatie

Photo: RIA Novosti

Description: OSHEROV.jpg

Mikhaïl

Osherov

Mikhaïl Osherov est un Russe israélien actif dans la vie politique d’Israël depuis 2010.
Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le conflit israélo-palestinien.

Diplômé de physique et d’économie, il a été, entre autres, expert au Verkhovny Sovet (ancien parlement de Russie) avant l’assaut donné par Boris Eltsine en octobre 1993, expert du conseil législatif de Saint-Pétersbourg, et directeur d’une compagnie d’investissement.

RUSSIE INFO : Quelle importance la Russe attache-t-elle à sa relation avec Israël?

Mikhaïl Osherov : L’ambassade russe en Israël est une des plus grosses ambassades de la région, cependant son personnel ne s’occupe presque pas des relations avec Israël, qui sont assez froides actuellement. La Syrie est le collaborateur clé de la Russie dans la région, ses relations sont très bonnes avec l’Egypte depuis quelques temps, et sont bonnes avec la Jordanie et avec les autorités de Palestine dont l’URSS a reconnu le statut étatique en 1988. Cette reconnaissance n’a pas été répétée mais elle est assumée par la Russie. D’autant que la Russie, d’un point de vue stratégique, se méfie d’Israël. Elle voit l’avenir de la région à peu près comme tous les pays arabes : elle est favorable à la création d’un Etat palestinien indépendant et souhaite que les Israéliens négocient sur les colonies de peuplement en Cisjordanie et sur le blocus humanitaire de Gaza.

RUSSIE INFO : Les soupçons s’accroissent concernant l’implication militaire israélienne en Syrie, comment la Russie voit-elle ce problème ?

Mikhaïl Osherov : La Russie et Israël s’opposent dans les différents conflits qui agitent le Moyen-Orient. En ce qui concerne la Syrie, la Russie s’inquiète des bombardements par Israël des positions de l’armée gouvernementale, il paraît que des citoyens russes étaient présents et sont morts dans ces bombardements... Cette information n’a pas été vérifiée mais on sait la chose suivante : l’année dernière, au cours d’un énième bombardement de l’aviation israélienne, début mai près de Damas, - un bombardement terrible - Vladimir Poutine a appelé Benyamin Netanyahou. Le président russe décroche rarement son combiné pour appeler quelqu’un en personne, c’est un cas unique même pour un chef d’Etat de recevoir un coup de téléphone de Poutine, Obama lui-même a du mal à le joindre.
Lors de cet appel, Netanyahou était en visite officielle en Chine. Le lendemain, c’était la fête du Souccot [fête de pélerinage juive, ndlr]. Netanyahou a atterri très tôt, à 5h du matin, et au lieu de se reposer après une semaine de travail chargée en Chine, il a réuni ses conseillers les plus proches et s’est envolé au milieu de la journée pour Sotchi. La visite s’est terminée par une conférence de presse très instructive.

Le président de la Russie, pour la première fois, a dit que la Russie prendrait en compte les intérêts nationaux d’Israël. C’est une première depuis 1991 : le chef d’Etat en Russie se permet très rarement de dire qu’il prendra en compte les intérêts nationaux d’un quelconque pays qui ne se trouve pas être un allié ou un « ami » de la Russie. Les communiqués de presse du président et du ministère des Affaires étrangères russe au terme de cette visite se sont distigués à ce détail près : la sécurité de la région dans son ensemble était au premier plan et les intérêts nationaux d’Israël n’étaient pas mentionnés.

RUSSIE INFO : Quel intérêt a Israël, un allié historique de Washington, à épargner ses relations avec la Russie ?

Mikhaïl Osherov : Israël a agressé impunément la Syrie et le Liban, et rêve d’agresser l’Iran. Or, si la Syrie et le Liban étaient dotés d’un bon système de défense antiaérienne pour guetter les chasseurs israéliens «égarés», les responsables militaires israéliens deviendraient beaucoup plus frileux.

Pour couvrir l’espace aérien au dessus de Damas, il faut développer une défense antiaérienne non seulement en Syrie, mais aussi au Liban car les avions israéliens peuvent s’approcher de Damas depuis la mer en traversant le territoire libanais. Israël, officiellement, est toujours en guerre avec la Syrie [depuis 1973, aucune paix n’a été conclue au terme de la guerre du Kipour, ndlr] mais en trêve avec le Liban. En réalité, l’Etat hébreu continue à menacer voire à agresser ses deux voisins et ne souhaite pas qu’ils soient trop bien armés par Moscou. C’est pour ça que Netanyahou courtise Poutine, avec un certain succès.

Cette bonne relation personnelle entre Poutine et Netanyahou, que je ne saurais expliquer et qui contraste avec son inimité envers Obama, contraste également avec le contexte général des relations israélo-russes et porte atteinte, dans une certaine mesure, aux intérêts nationaux de la Russie. Les tête-à-têtes répétés entre les deux chefs d’Etat ont fait naître des ententes qui, à mon avis, ont affaibli la coppération militaire russe avec l’Iran et la Syrie.

Je voudrais rappeler qu’en octobre 2009, s’est tenue une visite officielle de Netanyahou en Russie et que la Russie, au lendemain de cette visite, s’est abstenue de livrer un système de défense antimissile S-300VM à l’Iran. L’Iran, par conséquent, a commencé à travailler sur son propre système antiaérien et a exigé une indemnisation conséquente à Moscou pour la non livraison. Je n’affirme pas que la visite de Netanyahou est la cause directe de l’annulation de la livraison mais j’ai des raisons de croire que ce fut l’un des facteurs en jeu. Les entrées privilégiées de Netanyahou au Kremlin, à mon sens, peuvent également expliquer l’absence de systèles antiaériens russes S-300 en Syrie. Encore une fois, c’est très étrange pour le président russe qui est habituellement peu avenant dans ses échanges bilatéraux et qui est réputé comme très dur à la négociation. Je n’ai pas d’explications sur ce phénomène mais une chose est sûre : la supériorité militaire d’Israël au Moyen-Orient est tributaire du volume des commandes militaires de ses voisins à la Russie.

RUSSIE INFO : La position mitigée d’Israël sur l’Ukraine n’a-t-elle pas relevé quelque peu les relations ?

Mikhaïl Osherov : J’ai vécu 10 ans de ma jeunesse en Ukraine, Lvov est ma seconde patrie. Israël, au vu de la configuration idéologique du gouvernement actuel, n’ose pas soutenir ouvertement les autorités ukrainiennes.
Mais je voudrais rappeler un épisode très intéressant de la politique extérieure israélienne facilement oublié par les commentateurs. De 2004 à 2008, la coalition au pouvoir avant Netanyahou a fourni une quantité importante d’armes offensives à la Géorgie en partenariat avec l’Ukraine de Iouchtchenko, dont l’entourage n’était pas moins idéologiquement douteux. Des lance-roquettes multiples, des drones, des systèmes ultra-performants de brouillage électronique, de pistage et de communication, beaucoup d’artillerie expérimentale ultra-moderne : un beau cadeau pour l’armée russe qui n’a eu qu’à se servir lorsqu’elle est arrivée au secours des Ossètes et des Abkhazes.

Deux aérodromes israéliens ont été construits dont le positionnement était idéal pour mener des raids contre l’Iran depuis le nord. La guerre russo-géorgienne a sérieusement endommagé les relations russo-israéliennes tandis qu’elle a rapproché l’élite israélienne des cercles nationalistes revenus au pouvoir en Ukraine. Elle n’a pas juste profité au complexe militaro-industriel israélien : elle a été l’occasion de confronter les armes israéliennes aux armes russes, cette compétition est importante pour Israël car c’est l’armement russe qui domine en Syrie et en Iran.

RUSSIE INFO : Mais Israël, par exemple, s’est tu sur le rattachement de la Crimée et a clairement fait comprendre qu’il ne livrerait pas d’armes au régime de Kiev...

Mikhaïl Osherov : L’interdiction a été édictée par le ministère israélien des Affaires étrangères [à la tête duquel se trouve Avigdor Liberman, chef du parti Beitenou qui vise traditionnellement l’électorat russophone, ndlr]. Il est possible qu’Israël ménage davantage ses relations avec la Russie dans un contexte de refroidissement avec Washington. Mais je suis plus enclin à penser que la neutralité de façade d’Israël sur l’Ukraine est un repli purement tactique : l’Etat hébreu a joué contre la Russie en Géorgie et a perdu. Et, comme on dit, chat échaudé craint l’eau froide.

En ce qui concerne le programme nucléaire iranien (qui a fâché l’Etat hébreu avec les Etats-Unis, confortant son isolement international), ce n’est pas en Russie que Netanyahou trouvera le soutien qu’il n’a pas à la Maison blanche, les positions américaine et russe sur l’Iran étant de plus en plus coordonnées. Le parti présidentiel est fâché avec l’administration Obama mais compte davantage sur un retour des républicains à la Maison blanche que sur un rapprochement avec la Russie.

Retrouvez RUSSIE INFO sur Facebook et Twitter

 

 

 
Рассылка
Адрес эл.почты

 




Все права защищены © 2016
???????@Mail.ru